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Portrait Féminin #1 - Christine Gauthé


Publiée le par Tom Sauty

Le résumé de 42 ans de tir à l'arc, un parcours bien rempli.

Portrait Féminin #1 - Christine Gauthé

Christine Gauthé, c’est d’abord une femme de parcours au sens large : parcours de tir (campagne, 3D), parcours d’engagement, parcours de transmission. Quarante-deux ans de tir à l’arc derrière elle, un Brevet d’État obtenu en 1996, et une trajectoire qui traverse toutes les strates : club, département, région, national, international. On sent chez elle une constance rare : elle n’a pas “fait du tir à l’arc”, elle a construit une vie autour de lui, avec ce que cela implique de passion, de discipline… et de renoncements.

Son histoire commence par un déclic simple – son mari, archer avant qu’elle ne le connaisse. Sauf que la suite dit tout : elle accroche immédiatement, elle continue… et lui arrête. Cette bascule résume bien Christine : quand elle choisit, elle s’engage. Elle résume elle-même son parcours en trois mots : plaisir, investissement, sacrifices. Rien n’est enjolivé. Le plaisir est là, mais il est indissociable d’une réalité de sportive de haut niveau : le temps, l’énergie, les contraintes, les week-ends, les déplacements, la charge mentale et financière. Christine ne vend pas du rêve : elle parle vrai. « C'est un investissement journalier »

Elle a connu plusieurs clubs (Dijon, Marsannay, Chenôve) et même une parenthèse de quatre ans en Picardie, à Chauny, pour intégrer une équipe campagne – déjà, à l’époque, en barebow. Aujourd’hui, à Chenôve, elle joue un rôle clé : elle accompagne les archers qui “sortent” de l’école de tir vers la compétition, en salle comme en extérieur, et surtout sur les disciplines parcours. Elle prépare à ce qui fait la différence le jour J — le sac, l’échauffement, la gestion du stress, la routine, l’organisation. On retrouve chez elle une obsession saine : on ne peut pas inventer en compétition ce qu’on n’a jamais fait à l’entraînement.

Son engagement ne se limite pas au terrain. Elle a aussi pris des responsabilités : commission sportive régionale dès les années 1990, puis présidente du comité départemental de Côte-d’Or (pour un mandat). Christine est aujourd’hui auto-entrepreneure et intervient largement : pour le club de Chenôve, pour des actions départementales et régionales quand on la sollicite, mais aussi ailleurs (Aube, Sarthe/Pays de la Loire), où elle anime stages et formations, y compris sur des contenus très complets (barebow, mental, organisation de la performance). Au delà des clubs, Christine travaille également avec un IME, un public exigeant qui demande une adaptation permanente, beaucoup de patience, et une rigueur éducative forte. Elle en parle comme d’une expérience très formatrice : on comprend qu’elle a cette capacité à être à la fois ferme sur le cadre et profondément juste dans l’approche.

Et puis il y a le haut niveau. Christine, c’est une archère de l’équipe de France de 2000 à 2022, avec une armoire à souvenirs et à médailles : l’or par équipe aux Mondiaux (Croatie, 2004), sa première médaille individuelle vécue intensément (bronze, Suède, 2006), et surtout 2019 au Canada, son “meilleur souvenir” : deux titres mondiaux, individuel et par équipe. Ce qu’elle retient de ces moments n’est pas seulement la performance : ce sont aussi des détails émotionnels précis — un soutien en tribunes, une difficulté traversée, une victoire qui prend sens.

Depuis 2023, elle a franchi une nouvelle étape : elle devient entraîneure nationale de l’équipe de France parcours (campagne + 3D). Là encore, pas par hasard : elle saisit l’opportunité après des départs, postule, et se met au service du collectif. Son discours de coach révèle une forme d’exigence très saine : la performance n’est pas une promesse, c’est une culture. Elle insiste sur l’éthique de travail, les routines, la stratégie, la lucidité. Et surtout, sur un point essentiel : en compétition, l’archer perd souvent en clarté. Le rôle du coach, c’est de maintenir un climat de confiance, de gérer la stratégie, de “remettre dedans”. Christine sait de quoi elle parle : elle l’a vécu comme athlète, elle le pilote désormais comme entraîneure.

Sur le plan humain, Christine revendique une valeur centrale : le respect. Respect des autres, évidemment, mais surtout respect de soi, qui passe par une chose rare dans le sport : l’indulgence envers soi-même, l’acceptation des jours sans, la capacité à relativiser, à apprendre à perdre et à rebondir. Sa devise est limpide : ne contrôler que ce qui dépend de soi. Tout son discours respire la maturité de quelqu’un qui a beaucoup donné au sport, et qui a appris à le faire sans se perdre.

Enfin, son regard sur la féminisation est lucide. Pour elle, le frein principal reste souvent la charge familiale encore majoritairement portée par les femmes, et donc la difficulté à se libérer pour s’engager (pratique, arbitrage, encadrement, responsabilités). Elle n’annonce pas de recette miracle : elle parle de culture, d’éducation, de mentalités. En revanche, son message est très clair : oser, s’affirmer, se faire valoir. Et côté clubs, elle appelle à une posture active : aider, susciter des vocations, ne pas fermer la porte, repérer les compétences, valoriser, accompagner “prendre par la main”. C’est exactement ce qu’elle incarne : une femme qui a ouvert des chemins, et qui continue à le faire, concrètement, pour les autres.

Christine est une figure “pilier”. Une sportive de très haut niveau devenue entraîneure nationale de l’équipe de France parcours, tout en restant profondément connectée aux clubs, aux jeunes, et aux réalités du terrain. Elle allie trois choses rarement réunies : expérience, exigence, humanité. Une femme de performance, oui — mais surtout une femme de transmission.

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